BEYOND NUMBERS

Enn ti korne gajak?

Enn ti korne gajak?

Le producteur de Miss Croc veut mauricianiser davantage ses produits, mais regrette d’avoir à importer ses matières premières.

Le Made in Moris, Danny Chan l’a dans la peau — même s’il n’est pas encore affi lié au label, faute de temps.

Il y a 15 ans, ce jeune entrepreneur décide de se lancer dans la production de snacks mauriciens même s’il est bien conscient que le secteur est dominé par des marques internationales connues.

Il est vrai que quand il lance LVM Mauritius Ltd en 2004 avec des produits commercialisés sous la marque Pluie Dorée, la compagnie produit des sev, moulkou, bâtonnets de fromage et petits pois. Dans ce secteur, ses compétiteurs sont locaux.

Mais ce choix de produire des snacks à la mauricienne s’est, au fil des années, inscrit dans l’ADN de LVM, comme en témoigne le dernier produit lancé il y a quelques mois, les May Frir (maïs frit) de la gamme Korne Gajak.
« Je suis très fier de ce produit, car il est typiquement mauricien. Les différentes saveurs sont pima-li-mon, kari masala et fromaz », dit Danny.
Le maïs est un produit avec lequel il voulait tra-vailler depuis un moment. Il en avait fait des chips il y a quelques années, qui n’avaient toutefois pas vraiment décollé.

Local oui mais…

Si les snacks de LVM Mauritius sont produits à Maurice, toute la matière première nécessaire vient d’ailleurs — farine de gram et de blé, épices, mélange de pomme de terre, petits pois, grains de maïs, etc.

« Il n’y en a pas à Maurice, qui n’a qu’un stock de trois mois de pommes de terre. Le reste n’est soit pas produit ici ou l’est en trop petite quantité », explique Danny. Il affirme que si les matières premières étaient disponibles localement, il en achèterait.

Pour preuve, ajoute-t-il, la gamme Pluie Dorée comprenait aussi des bananes frites à un moment, mais la production a dû être stoppée « parce que notre fournisseur n’avait plus de bananes à un moment ».

« Après, je me suis dit : les Mauriciens aiment le maïs bouilli et ils aiment les produits frits — alors, pourquoi ne pas leur proposer du maïs frit ? », raconte Danny.

Il pousse la réflexion plus loin et se dit que le moment est venu de mettre en valeur tout ce qui représente Maurice.

« Quand un touriste goûtera à May Frir, les saveurs lui rappelleront son expérience à Maurice. Je crois qu’il est temps d’incorporer notre fierté et tout ce qui fait Maurice dans les produits que nous fabriquons ici », affirme le businessman. L’idée de produire des snacks mauriciens lui vient d’un ami réunionnais.

« Il m’a dit : les Mauriciens aiment leur gajak, alors pourquoi ne pas en produire ? »

Et c’est dans une petite maison en 2004 que commence la fabrication artisanale de sev, moulkou, bâton-nets de fromage et petit pois. Trois ans plus tard, Danny décide qu’il est temps d’innover : il veut fabriquer des potato chips à Maurice !

La compagnie bouge donc dans un bâtiment plus spacieux à St-Pierre et commence à fabriquer des chips. Si c’est un pas risqué, dans le sens où la com-pétition est rude — et surtout internationale –, Danny dit avoir trouvé l’astuce.

« J’ai d’abord investi dans l’emballage. Je me suis dit que si l’emballage était de bonne qualité, c’était déjà une bataille de gagnée. »

Et il remporte son pari — ses chips Miss Croc s’installent petit à petit dans les habitudes des consommateurs.

Et juste au moment où David et son équipe com-mencent à penser à introduire d’autres produits, le malheur frappe en 2009 — l’usine est en proie au feu, qui détruit tout sur son passage.

Tout s’arrête pour LMV Mauritius. Pendant neuf mois. Mais c’est sans compter sur la détermination de Danny. En sept mois, il fait construire un nouveau bâtiment non loin de celui qui a pris feu. Mi-2010, il est prêt à reprendre sa part de marché. Mais les pro-duits Pluie Dorée ont été remplacés par d’autres sur les étagères des supermarchés. Il lui faudra trois ans pour reconquérir le marché, dira-t-il.

Aujourd’hui, l’entreprise emploie 39 personnes, dont huit Bangladais. La main-d’œuvre est le plus gros problème auquel il faut faire face, affirme Danny.

« C’est impossible de trouver des hommes pour travailler. J’emploie des femmes de la région, mais pour certains postes, il faut des hommes et je n’en trouve pas — que ce soit pour les travaux manuels ou administratifs. »