BEYOND NUMBERS

Ils vont à quelle école, ceux qui ont soif d’apprendre l’entrepreneuriat ?

Ils vont à quelle école, ceux qui ont soif d’apprendre l’entrepreneuriat ?

« La seule ressource nécessaire à la création de services est l’intelligence, chose que vous avez en abondance à Maurice ». C’est ce que disait l’économiste américain Michael Shuman dans une interview publiée l’année dernière, dans le cadre de la conférence Lokal is Beautiful organisée par la MCB. Évoquant les limitations d’une production locale dans un petit pays sans ressources naturelles comme le nôtre, il expliquait que le développement d’une économie locale ne voulait pas nécessairement dire production de biens et que « dans les pays développés, 70 % des dépenses sont consacrés aux services ».


Vue sous cette perspective, une relance économique locale prend tout son sens. Surtout que loin des secteurs économiques traditionnels actuellement sous le coup d’essoufflement, une jeune génération est en train de se prendre en main en rêvant, créant, imaginant et osant.


Cela se passe à la Turbine à Moka.


La Turbine, vous en avez probablement entendu parler. C’est là où les jeunes entrepreneurs se font « incuber ». Ne vous fiez pas à l’étrangeté du mot, le processus est tout ce qu’il y a de plus normal. Il s’agit en fait d’une « école » pour former et accompagner les entrepreneurs en herbe.


Les « incubés » sont des entrepreneurs qui décident de se faire accompagner afin de mettre toutes les chances de réussite leur côté. La Turbine, opérationnelle depuis 2016 et sponsorisée par la MCB, offre pendant une année - à ceux dont les idées ont été retenues-, un service de business coaching, des ateliers de travail, un espace de travail, la possibilité de faire du networking, de la visibilité, et d’un « budget expertise », c’est-à-dire une somme d’argent que l’entrepreneur peut utiliser pour s’appuyer sur les services d’un expert, que ce soit sur le plan financier ou sur d’autres plans.


En retour, la Turbine obtient 10% de l’actionnariat du business en question, une fois qu’il aura décollé.
Le processus de sélection pour se faire incuber n’est pas une mince affaire. À titre d’exemple, des 115 personnes qui ont pris part aux « test drives » (un exercice qui dure cinq semaines et au bout duquel les entrepreneurs en herbe présentent leur idée de business) de la Turbine l’an dernier, 13 ont été sélectionnées mais seules cinq idées ont été retenues au final.


Ces entrepreneurs, que nous avons rencontrés, sont unanimes à dire que l’accompagnement dont ils bénéficient à la Turbine est essentiel dans le développement de leur business model. Ils citent entre autres, l’apport du business coach. Le coach est un mentor, expliquent-ils, une personne qui les aide à se poser les bonnes questions et à s’adapter face aux obstacles qui se dressent sur leur route. Ce faisant, ils arrivent non seulement à maintenir le cap mais surtout à ne pas se sentir seuls et découragés – une situation que citent volontiers nos interlocuteurs comme l’une des plus grandes difficultés auxquelles fait face un entrepreneur.


Jade Li, une alumni de la Turbine et fondatrice de Katapult.mu – un projet issu de son incubation en 2018 – affirme que la Turbine l’a vraiment aidé à structurer sa pensée et à affiner ses idées. Il est essentiel, dit-elle, de tester ses idées sur le terrain. « C’est extrêmement important d’avoir du real customer feedback », affirme-t-elle.


Ces entrepreneurs encadrés, aidés et soutenus par tous les effectifs de la Turbine, ne seront cependant pas éternellement sous l’aile protectrice de cette structure. Leurs projets sont évalués six mois après l’incubation et dépendant du progrès accompli, ils passent soit en phase supérieure, ou le cas échéant, leur projet est réévalué. Le but final est d’avoir un business model suffisamment solide pour attirer des investisseurs.


Entre-temps, nos entrepreneurs apprennent déjà à faire face aux obstacles que la « vraie vie » mettra sur leur route – les difficultés administratives, l’incompréhension d’une société quelques fois en déphasage avec leur réalité de « digital native », les imprévus de la vie. Mais comme le dit Alexandrine Maigrot, business coach, c’est aussi à cela que sert le business coaching : donner à ces jeunes les outils qu’ils utiliseront pour le reste de leur carrière d’entrepreneur.


Quelques projets actuellement en incubation sont:

Metennkoste

Recyclean

Shop Paddi

Le Fintech

Konektwa

Lean Search