BEYOND NUMBERS

Klima : Comprendre. Informer. Agir.

Klima : Comprendre. Informer. Agir.

La réalité est pire que les scénarios projetés. Les émissions carbone globales augmentent alors qu’elles auraient dû baisser, nous éloignant davantage de l’objectif de limiter le réchauffement de la planète. Mais au milieu de ce marasme, une petite lueur a jailli. C’était au début du mois au Caudan Arts Centre.

Le 5 février dernier n’était pas un jour comme les autres, même si au départ, la pleine mesure du déclic n’avait peut-être pas encore été réalisée. C’était le jour de la tenue de la conférence de la MCB sur le climat au Caudan Arts Centre.

Ce jour-là, un rapport sur l’empreinte carbone de Maurice intitulé
« Klima Neutral 2050 » est rendu public, de même que certains engagements de la banque, dont celui de viser la neutralité carbone dans son fonctionnement. Ont notamment été conviés à cet évènement le ministre de l’Environnement, de la gestion des déchets et du changement climatique, Kavy Ramano, les principaux responsables du secteur privé, de même que des représentants de plusieurs organisations qui luttent pour la protection de l’environnement sous toutes ses formes. Ils sont pour la plupart ressortis de la conférence « cautiously optimistic » quelques heures plus tard.

Le changement climatique est un sujet difficile, s’accordent à dire tous les experts. Et la preuve est faite depuis des années par l’incapacité de la communauté internationale à se mobiliser autour d’un consensus. Les efforts éventuellement consentis par les pays et qui forment la base des accords internationaux (protocole de Kyoto, accord de Paris) sont dilués à force de compromis.

Et le résultat de l’engagement timide des nations est glaçant, à en croire l’Emissions Gap Report 2019 des Nations unies, que cite d’ailleurs le ministre Ramano. Le rapport dit, entre autres, que « les émissions de gaz à effet de serre ont tellement augmenté que le monde est sur le point de rater l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C », que « même si nous respectons les engagements pris, d’ici à 2030, les émissions vont être le double de ce qu’elles devraient être ».

Une hausse de température de 4°C voudrait dire un scénario apocalyptique où une grande partie de la planète deviendrait inhabitable, où des millions de personnes devraient migrer à cause de températures semblables à ce qu’a connues l’Australie récemment, ou encore parce que la montée des océans aura fait disparaître leurs pays. Et cela n’arrive pas qu’aux autres.

Comme l’a fait remarquer d’emblée le CEO du Groupe MCB, Pierre-Guy Noël, malgré le fait que Maurice ne contribue que faiblement aux émissions de gaz à effet de serre (0,01 % des émissions globales), elle est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique — 13e pays le plus vulnérable aux effets du changement climatique et 7e pays le plus exposé aux catastrophes naturelles, selon le World Risk Report.

Cette situation injuste certes, mais néanmoins réelle ne nous laisse d’autre option que de prendre la menace du changement climatique au sérieux et d’agir en conséquence. Excepté bien évidement que rien dans cette situation n’est nouveau et que cela n’a pas empêché l’indifférence collective qui a caractérisé la dernière décennie.

Alors, qu’est-ce qui a changé pour amener aujourd’hui cette lueur d’espoir ? Deux explications possibles : un pic dans la prise de conscience — le président de la Sustainability and Inclusive Growth Commission de Business Mauritius, Philippe Espitalier-Noël s’est dit « ébranlé » par la réalisation de ce qui attend la planète en cas de statu quo, alors que Jean-Michel Pitot, président de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice, dit « frémir » en pensant aux conséquences du changement climatique sur le secteur du tourisme. Une prise de conscience à ce niveau ne peut qu’être salutaire.

Il semble aussi que le fait que la MCB ait pris les devants sur la question rassure beaucoup. Le ministre Ramano ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction face à la situation et parle de l’importance de la collaboration entre le gouvernement et les institutions financières, de même que l’importance du secteur financier concernant « l’investissement dans le développement durable du pays ».

C’est aussi ce qui semble donner du sérum aux combattants de longue date de la cause.

Le fait que ce soit la MCB qui vienne dire : je mets des milliards à la disposition des entreprises pour financer la transition de notre économie en une économie verte, est un signal fort et va encourager les entreprises à se lancer, estime la responsable d’une organisation internationale.

À un membre d’une ONG de renchérir que le fait que « le changement climatique est aujourd’hui vu comme un problème économique va probablement faire bouger les choses ».

Cet optimisme n’est certes pas partagé par tous. D’aucuns estiment que « tout dépendra de la volonté politique. Oui, le ministre était convaincant, mais attendons voir ». Le manque d’un cadre légal et règlementaire dans plusieurs secteurs du pays est un problème qui a été cité par plusieurs intervenants lors de la conférence, dont Jean-Michel Pitot. « Nous nous plaignons de nos problèmes auprès du ministre du Tourisme, mais ces problèmes dépassent de loin le simple cadre de la promotion touristique et il n’y a pas de cadre réglementaire à proprement parler pour traiter les problèmes liés au climat », explique-t-il, en faisant mention de l’érosion qui menace un secteur contribuant à hauteur de 24 % au PIB du pays.

La bonne nouvelle est que le ministre de l’Environnement semble être très conscient des enjeux. Il annonce d’ailleurs — entre autres — un Climate Change Bill pour bientôt. Et d’ajouter que Maurice compte bien assumer pleinement ses responsabilités, malgré sa faible contribution aux émissions. Il confirme que le temps presse, car le monde était bien loin des objectifs fixés par l’accord de Paris en 2015. 2020, précise-t-il, est l’année où « tous les pays, Maurice compris, devront revoir leurs objectifs au niveau national ».