Pour changer le monde, il faut intégrer les personnes avec qui on interagit

Pour changer le monde, il faut intégrer les personnes avec qui on interagit

Face à l'immobilisme de ce navire sur nos récifs, et la crainte de ce désastre écologique, nous sommes condamnés à avancer...

Il faut toujours mettre un compte à rebours quand on veut que les choses changent... Ce qui se passe devant nos yeux horrifiés depuis maintenant deux semaines montre clairement que pour notre île, le compte à rebours écologique a bel et bien commencé.

Je ne vais pas m'attarder sur les causes de ce désastre, encore moins sur une recherche de paternité. Le temps des responsabilités viendra bien assez tôt. Pour le moment, l'heure est à l'action. Et c'est ce qui se passe en ce moment tout autour de notre île. Un formidable élan de solidarité a embrasé l'Île Maurice, comme la paille qui brûle pendant la période de coupe. Cette même paille qui a été l'instrument sommaire mais ô combien efficace pour contrer le déversement inexorable de cette nappe d'huile lourde depuis la fin de la semaine dernière.

Les aides internationales aujourd'hui affluent, et je sais compter sur la résilience de nos concitoyens qui, espérons-le, couplée à la diligence de nos gouvernants, nous permettra de mettre un terme à cette hémorragie dans les meilleurs délais.

Il y a des milliers de vision du monde. Notre propre réalité nous paraît toujours évidente.

Ce que nous force aujourd'hui à réaliser la présence du MV Wakashio sur notre barrière de corail, c'est que pour changer le monde, il faut intégrer les personnes avec qui on interagit. Intégrer la totalité dans nos actions. Changer d’altitude pour changer de direction. Changer sa manière de penser pour capter d’autres influences, stratégies, réponses, qui vont réorienter notre futur dans une autre direction. Lâcher du lest, se débarrasser de nos certitudes, croyances, dogmes, paradigmes, convictions, et être prêt à voir la réalité d’une manière différente. Tout en acceptant le risque de rater !

Le conditionnement est toujours la première réponse à toute question liée au changement. Pas l’intuition. Pour atteindre l’intuition il faut avoir le courage de se dire : et si je faisais quelque chose de complètement différent ? À ce moment on aura l’intuition, la prise de conscience que l’on peut faire différemment. Quel que soit le domaine on se demandera avec émotion :  bien sûr que oui ou bien sûr que non. À ce moment on est dans le conditionnement. Si on se demande ce que pensent les autres on est dans l’innovation, la créativité. Si on veut changer le monde, il faut faire une alliance avec ceux qui ont le pouvoir de le changer.

L'innovation ce n’est pas une nouvelle idée. C’est abandonner une vieille croyance.

La protection de l’environnement a, reconnaissons-le, fait peu d’avancées depuis 50 ans. Comment casser ce paradigme ? Comment rendre enthousiasmant et rentable la protection de l’environnement plutôt que de la faire devenir un fardeau ou un sacerdoce ?

Face au désastre que nous vivons en ce moment à Maurice, j'entends des voix s'élever et dire que la décroissance est la seule manière de sauver le monde. Mais décroître, c’est le chaos social. Oui, la croissance quantitative actuelle amène au chaos environnemental avec des situations sociales ingérables. Ces deux dogmes sont ingérables. Il nous faut désormais chercher les conditions d'une croissance qualitative. Rechercher la rentabilité avec du soutien social en remplaçant ce qui pollue par ce qui est efficient.

Changer de paradigme, d’altitude, d’attitude. Et aider ceux qui n'y arrivent pas. Et en même temps montrer aux gouvernements, où qu'ils soient, que les changements peuvent leur servir. Que compassion, empathie, générosité, bonté et sagesse sont des notions spirituelles qui permettent d'inclure ceux qui ont peur d’avancer !

Et les technologies d’aujourd’hui peuvent faciliter ce changement. Ramener le monde du passé dans le présent, créer les conditions de la confiance. La compréhension que toutes les ressources sont en nous.

Aujourd'hui, il nous faut être logique autant qu’écologique ! Handicapés par nos croyances, nos dogmes, nous refusons trop souvent le changement. Au contraire... C’est parce que personne ne l’a fait avant qu’il faut essayer. Il ne faut pas attendre d’avoir de soutien unanime sinon on ne commence jamais !

Impossible c’est dans notre esprit !

Aujourd'hui, en regardant le MV Wakashio se briser lentement sur les récifs de Mahébourg, je suis plus que jamais convaincu que notre population a besoin d’être encouragée, soutenue dans ses actions, aussi infimes et court terme soient-elles. Ces actions sont le ciment qui va créer les conditions du succès de notre transformation sociétale, économique, écologique. Voir cette Île Maurice plurielle travailler ensemble, au-delà des différences est la clé de notre succès collectif. Les polarités différentes sont les seules façons de créer de l’énergie. Et de l'énergie positive, nous n'en manquons pas à Maurice.

Alors utilisons cette énergie, cette créativité qui est en chacun de nous, la générosité qui a fait de notre industrie touristique ce fleuron de notre économie, l'empathie que nous avons au fond de nous les uns envers les autres, et montrons que nous sommes la nation fière et résiliente qui a su traverser nombre d'épreuves. Soyons tous, collectivement, les acteurs de notre propre changement.

Avançons... Ansam !

Author

Raoul Gufflet

Deputy Chief Executive, MCB Ltd

Since joining MCB Ltd in 2004, Raoul has had a long experience in the debt market, helped set-up the MCB Equity Fund and was Head of International. In 2016, he was appointed Head of Corporate and Institutional Banking. He is a Board member of several entities within the Group: Société Générale Moçambique, MCB Madagascar, MCB Seychelles and MCB Maldives, amongst others.