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Thierry Hebraud : « Les banques sont le cœur du financement de l’économie réelle »

Thierry Hebraud : « Les banques sont le cœur du financement de l’économie réelle »

Riche d’une longue carrière dans le secteur bancaire à l’international, Thierry Hebraud, Head of Corporate and Institutional Banking, a rejoint la MCB il y a cinq mois. Il apporte un éclairage sur le rôle d’une institution financière dans un monde en pleine ébullition.

Une banque qui prend les devants sur la question climatique, ça se passe ailleurs ?

Au vu de mon expérience passée en Europe de l’Est, en Asie et en Afrique du Nord, ma réponse est mitigée. Je ne pense pas que l’on puisse dire que le monde bancaire mondial ait pris les devants sur les enjeux climatiques. Par contre, je dirais qu’il a réalisé ce qu’étaient les enjeux et qu’il prend maintenant les mesures appropriées, avec une accélération des mises en place de politiques volontaristes pour accompagner la lutte mondiale contre le réchauffement climatique.

Les accords internationaux — Kyoto et Paris pour ne citer qu’eux — sont signés en général par les États. Mais au final, il semble logique qu’un enjeu d’une telle envergure mobilise le secteur financier et la communauté des affaires. Est-ce une situation qui vous est familière ?

Oui. Après un retard à l’allumage, les banques, qui sont le cœur du réacteur du financement de l’économie réelle, ont pris conscience de leur rôle fondamental dans ce combat. Et il est vrai qu’elles sont devenues un aiguillon pour le monde des affaires. Je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai proposé à un grand groupe indien l’émission de Green Bonds. La première question a été : « Qu’est-ce que ça va me rapporter ? » Et justement, cette question ne se pose plus aujourd’hui. Ou plutôt sous une forme très différente : « Si je ne participe pas à ce mouvement planétaire, qu’est-ce que ça va me coûter ? » Il y a seulement dix ans, nous étions bien loin de ces préoccupations.

En annonçant ses engagements, la MCB rappelle l’importance de « prendre ses responsabilités » et d’« être un acteur financier exemplaire ». Y a-t-il eu un shift dans le monde de la finance, une redéfinition des rôles ?

Oui, comme je l’ai dit plus haut, le monde de la finance devient un acteur majeur dans cette transformation de par l’application de politiques qui peuvent être vues comme contraignantes, mais qui sont surtout incitatives pour le monde des affaires.

Concernant la MCB, qui est la première banque mauricienne, et de par ses engagements, il est évident qu’elle joue un rôle déterminant dans la transformation de l’économie du pays. Et ce rôle ne peut être dissocié de la politique de son pays qui, me semble-t-il, devrait prendre la tête des États insulaires dans la transformation de leurs économies.