Famine et changement climatique à Madagascar

Famine et changement climatique à Madagascar

Dans le Grand Sud à Madagascar, la précarité est exacerbée par le changement climatique. Une crise alimentaire touche actuellement trois districts de la province de Tuléar qui compte 2 millions d’habitants.

La sècheresse n’a pas permis d’avoir des réserves vivrières suffisantes et les produits alimentaires sont inaccessibles à une bonne partie de la population à cause de la pauvreté, explique Gilles Brelu Brelu, directeur des projets et de Moyens Généraux à MCB Madagascar.

Gilles est impliqué depuis plusieurs mois déjà dans un projet visant à venir en aide aux familles les plus vulnérables dans la région. Ce projet est une collaboration entre MCB Madagascar, MCB Forward Foundation et l’ONG Adventist Development and Relief Agency (ADRA).

Le constat que fait notre collègue est choquant de réalisme : « La majorité de la population de cette région, de même que les zébus, ne se nourrissent que de feuilles épineuses de raketa (figue de Barbarie ou cactus) », dit Gilles en ajoutant qu’au moins 500 000 personnes sont en danger de famine. Avec l'ADRA, la MCB a procédé à une distribution de nourriture à 650 ménages (environ 3000 personnes) issus de trois villages situés dans la région d’Ampanihy.

Mais comment ces victimes du réchauffement climatique vivent-elles ce drame ? « Ici, les gens vivent au jour le jour et s’ils arrivent à voir le jour suivant, c’est déjà un exploit », affirme Gilles. Ce qui fait, ajoute-t-il, que le changement climatique « est le cadet de leurs soucis. Ils ont une chose plus importante à faire : survivre », constate-t-il fort des 13 ans passés à Madagascar.

Dans la région de Tuléar, pas une goutte de pluie n’est tombée depuis deux ans. En outre d’être la région la plus pauvre et la plus difficile d’accès, le sud de Madagascar souffre historiquement de sècheresse, une situation exacerbée par le changement climatique.

L’aide alimentaire n’est qu’un aspect de l’intervention MCB-ADRA. Les habitants seront aussi formés en plantation et fournis en outils à cette fin. En outre, un exercice de forage de puits et de formation en gestion de l’eau aura lieu afin d’équiper autant que possible les habitants de cette région dont le calvaire est loin d’être achevé.

Pour le moment, des puits, alimentés par des panneaux solaires, ont été placés dans les villages et un comité de gestion de l’eau mis en place avec quelques volontaires formés pour faire fonctionner les puits et gérer la distribution d’eau aux habitants.

Comme tous les pays en voie de développement, Madagascar est un très faible émetteur de gaz à effet de serre au niveau mondial. Mais comme l’expliquait l’expert en géopolitique de l’environnement, François Gemenne dans une interview récente, la grande injustice géographique du changement climatique, est qu’il « n’y a pas de relation entre les émissions produites par un pays et les impacts qui seront subis par ce pays. Il n’y pas non plus de lien entre les émissions de gaz à effet de serre produites par une génération et les impacts du changement climatique qui seront subis par cette génération — parce qu’il s’écoule environ 50 ans entre nos émissions de gaz à effet de serre et leurs effets ».