Gilbert Gnany : « Les femmes peuvent jouer un rôle considérable dans la reprise économique »

Gilbert Gnany : « Les femmes peuvent jouer un rôle considérable dans la reprise économique »

Sur fond de réflexion sur la reconstruction économique, la 82e édition de MCB Focus se penche sur le lien positif entre l’égalité des genres et le développement socio-économique. Gilbert Gnany, Chief Strategy Officer du Groupe MCB, nous parle des grandes lignes de ce rapport et de ses recommandations.

Vous sortez aujourd’hui un MCB Focus liant développement économique et égalité des genres. Pourquoi ce choix et pourquoi maintenant ?
L’égalité entre hommes et femmes devrait constituer un axe fondamental du développement d’un pays. La pandémie de la COVID-19 est venue accentuer les inégalités de genre à l’échelle mondiale en touchant de manière disproportionnée les femmes. Or ces dernières peuvent jouer un rôle considérable dans la reprise économique et dans notre quête pour reconstruire en mieux notre pays après la pandémie. Comme démontré dans ce numéro de MCB Focus, non seulement au niveau de la théorie économique mais aussi de manière empirique, une plus grande participation de la femme favorisera un développement plus soutenu et harmonieux de notre économie.

La relance économique passera-t-elle donc par un développement plus inclusif ?
En effet, bâtir une économie plus résiliente passera très clairement par une relance inclusive, qui elle-même, nécessitera la mise en œuvre de politiques sociales et économiques adaptées visant à garantir une participation effective de tous les citoyens au processus de développement. Dans ce contexte, et au vu des disparités de genre, notre rapport propose un certain nombre de mesures concrètes afin d’accroître la contribution des femmes au sein de notre économie.

La participation des femmes au marché du travail à Maurice reste faible par rapport aux pays comparables. Pourquoi ?
En effet, le taux de participation des femmes a plafonné autour des 45 % ces dernières années, ce qui est inférieur à la moyenne dans les économies à revenu moyen supérieur et évidemment aux pays de l’OCDE.

On constate que le taux de participation est élevé chez les jeunes femmes mais baisse graduellement au fil des années car beaucoup d’entre elles décident de quitter le marché du travail afin de répondre à d’autres impératifs tels que ceux liés à la famille.

À titre d’exemple, on peut noter que le taux de participation reste particulièrement bas chez les femmes ayant un niveau d’instruction de base, alors que le taux de participation des hommes est significativement plus élevé pour cette même catégorie.

Quelles mesures phares préconisez-vous pour promouvoir le rôle économique des femmes ?
Les principales mesures proposées pour soutenir l'engagement des femmes sur le marché du travail sont, entre autres, la mise en place de dispositions additionnelles en termes de flexibilité, l'introduction d'un régime de congé parental – évidemment je parle ici des deux parents – afin de favoriser une meilleure adéquation famille-travail, des services universels de garde d'enfants, la promotion d'un cadre juridique et institutionnel avec des dispositions spécifiques pour protéger les intérêts des femmes, et finalement des mesures visant à amorcer un changement de mentalité par rapport au rôle des femmes dans le cadre professionnel et de manière plus globale dans la société.

Quelles sont les conditions nécessaires pour mettre en place ces recommandations ?
En premier lieu, il est indispensable que nous renforcions la structure de gouvernance en matière d'égalité des genres. Cela pourrait s’appuyer, par exemple, sur l’élaboration d’objectifs qui soient mesurables avec un suivi du progrès réalisé et un cadre institutionnel approprié pour une meilleure coordination au niveau de la mise en œuvre tout en favorisant la pérennité des politiques.

Pour conclure, l’implémentation de ces propositions nécessitera une collaboration étroite entre tous les stakeholders afin de mener à bien ce chantier crucial. C’est évidemment un impératif moral mais aussi un impératif éminemment économique.